Prière · Matthieu 6 · Sermon thématique de l’assemblée générale du 28e anniversaire

Que ton règne vienne

Étude de Matthieu 6.9–10 et de Luc 11.2

« Que ton règne vienne » n’est pas une prière qui demande seulement un événement lointain à venir ; c’est une prière pour que la souveraineté de Dieu, qui s’étend ici et maintenant, se manifeste. « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » exprime la raison d’être que l’Église doit proclamer au cœur du monde. Le Royaume de Dieu ne progresse pas par la conquête : tel le levain, il pénètre le monde et le transforme de l’intérieur. Dans cette requête si brève — six mots dans sa formulation originale — se trouve condensée toute une théologie du Royaume de Dieu, attestée par l’ensemble de l’Écriture, depuis la vision de Daniel jusqu’à la pratique de l’Église primitive.

« Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Matthieu 6.10 / Luc 11.2

Contexte du passage

Luc 11 nous indique les circonstances dans lesquelles cette prière fut donnée : « Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l’a enseigné à ses disciples » (Lc 11.1). Les disciples éprouvaient, comme ceux de Jean-Baptiste, le besoin d’une prière qui leur soit propre, et Jésus leur donna en réponse le Notre Père. Fait remarquable, cette demande survint après qu’ils eurent observé Jésus lui-même en prière : ce qu’ils désiraient apprendre n’était sans doute pas seulement une formule, mais la relation même que Jésus entretenait avec le Père.

À l’époque, l’attente messianique juive se concentrait principalement sur une restauration politique. Dans la Palestine du Ier siècle, soumise à l’oppression romaine, certains mouvements, tels que les Zélotes, cherchaient même à rétablir le royaume de David par la force. Peu avant la naissance de Jésus, puis après celle-ci, plusieurs prétendus messies déclenchèrent des soulèvements politiques qui furent réprimés par Rome. Dans ce contexte, la prière « Que ton règne vienne » pouvait aisément être prise pour un mot d’ordre politique.

Cependant, le « royaume » enseigné par Jésus n’était pas un territoire politique de ce genre. « Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Lc 17.20–21). Ce Royaume possède un caractère singulier : il est déjà présent (already), sans être encore pleinement accompli (not yet). Il a commencé avec la première venue de Jésus, mais son achèvement n’aura lieu qu’à son retour.

Dans l’Ancien Testament, Daniel 2 est le passage qui décrit le plus puissamment l’expansion progressive du Royaume de Dieu. Dans son rêve, le roi Nebucadnetsar voit une immense statue faite d’or, d’argent, de bronze et de fer, frappée et renversée par une pierre « détachée sans le secours d’aucune main » ; cette pierre devient ensuite une grande montagne et remplit toute la terre (Dn 2.31–35). Daniel interprète cette vision comme le Royaume éternel que Dieu établira après l’effondrement des royaumes du monde (Dn 2.44). Les empires bâtis de main d’homme finissent par disparaître, tandis que le Royaume inauguré par Dieu commence petit et remplit le monde entier : on peut y voir l’archétype vétérotestamentaire des images du grain de moutarde et du levain que Jésus emploiera plus tard.

Les Juifs de cette époque connaissaient une prière synagogale appelée le « Kaddish », qui s’ouvrait par ces mots : « Que son grand nom soit sanctifié et que son règne vienne. » Le début du Notre Père enseigné par Jésus présente une structure proche du langage de cette prière traditionnelle. La différence décisive tient toutefois au titre donné au souverain de ce Royaume : au-delà de « Roi » ou de « Seigneur », il est appelé « Père ». C’est une prière où la souveraineté et l’intimité se rejoignent.

Terme originalSensRôle dans le passage
βασιλεία (basileia)Royauté, règne (et non territoire)Terme grec rendu par « royaume » — notion relationnelle
ζύμη (zymē)LevainMode d’expansion pénétrant du Royaume de Dieu (Mt 13.33)
ἐπί (epi)surFamille de prépositions à l’origine de la traduction « on earth »
ἐν (en)dansNuance de pénétration mise en relief par la traduction « in earth » de la KJV
ἐλθέτω (elthetō)Qu’il vienne (impératif à la 3e personne)Montre que la venue du Royaume relève de l’action souveraine de Dieu

Commentaire

Ce bref verset se déploie selon six grandes lignes : le sens du mot « royaume », le mode d’expansion suggéré par les nuances de traduction, le contraste avec les attentes messianiques politiques de l’époque, l’ordre des deux grandes requêtes portant sur le Nom et le Royaume, la relation entre le Royaume de Dieu et l’Église, et enfin le défi que tout cela adresse à une communauté de foi parvenue à son 28e anniversaire. Examinons-les l’une après l’autre. Chacune possède sa portée propre, mais toutes convergent vers une seule question : que signifie concrètement aujourd’hui la souveraineté de Dieu dans ma vie et au sein de notre communauté ?

1. Le sens de « royaume » (βασιλεία) — non un territoire, mais un règne

Le grec basileia (βασιλεία) renvoie davantage à la notion relationnelle de « royauté » et de « souveraineté » qu’à la notion spatiale de territoire. « Que ton règne vienne » n’est pas une prière visant à occuper une région précise ; elle reconnaît que Dieu est Roi et demande que sa souveraineté se réalise dans tous les domaines de la vie. Ce règne commence dans le cœur de la personne (Lc 17.21), puis s’étend à la famille, à l’Église et à la société.

Dans l’Ancien Testament également, Dieu est présenté comme le véritable Roi d’Israël. Lorsque le peuple réclame un roi humain en 1 Samuel 8, Dieu dit à Samuel : « Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux » (1 S 8.7). « Que ton règne vienne » est une prière qui ramène à Dieu cet ancien conflit : accepterons-nous la souveraineté divine, ou établirons-nous une domination humaine ?

En remontant plus loin encore, Dieu déclare à Israël au mont Sinaï : « Vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte » (Ex 19.6). Dès l’origine, Israël n’a pas été appelé à devenir un empire politique, mais un « royaume sacerdotal » manifestant au monde la souveraineté de Dieu. Pourtant, le chaos du temps des Juges puis les échecs de la monarchie montrent combien cette vocation peut facilement se déformer en soif humaine de pouvoir. Le « Royaume » de nouveau proclamé par Jésus restaure précisément cette vocation première : un peuple qui révèle Dieu non par la domination, mais par le service.

2. Daniel 2 — de la petite pierre à une immense montagne

Le rêve de la statue de Nebucadnetsar constitue comme un plan annonçant la manière dont vient le Royaume de Dieu. La pierre détachée sans le secours d’aucune main — c’est-à-dire un Royaume inauguré par Dieu lui-même, et non par l’effort humain ou un projet politique — renverse les empires du monde, devient une immense montagne et remplit toute la terre (Dn 2.44–45). Cette image résume le caractère du Royaume de Dieu : il commence dans la petitesse et croît jusqu’à devenir immense.

Romains 14.17 définit ainsi le contenu concret de ce Royaume : « Le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. » La venue du Royaume ne consiste donc pas en une extension territoriale, mais en la diffusion, par l’Esprit Saint, de la justice, de la paix et de la joie dans une personne, une communauté et une société. La pierre de Daniel apparaît soudainement et renverse la statue, mais il lui faut du temps pour devenir une grande montagne ; de même, cette expansion accomplie par l’Esprit doit être accompagnée non par l’impatience, mais par une attente persévérante.

3. La différence entre « on earth » et « in earth »

La seconde moitié du passage est rendue par « in earth » dans la KJV et par « on earth » dans la plupart des versions modernes, dont la NIV. La différence tient à une seule préposition, mais sa nuance est significative. « On earth » évoque ce qui s’accomplit « sur » la terre, tandis que « in earth » peut suggérer une pénétration « dans » la terre. Reliée à la nature du Royaume de Dieu, cette différence permet de comprendre que le Royaume n’est pas un domaine séparé, détaché du monde, mais qu’il vient en pénétrant le monde et en le transformant de l’intérieur.

Cela résonne exactement avec la parabole du levain en Matthieu 13 : « Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte soit levée » (Mt 13.33). Le levain ne demeure pas à l’extérieur de la pâte : il y pénètre et transforme l’ensemble. C’est ainsi que vient le Royaume de Dieu, non par la conquête politique, mais par une transformation intérieure et organique.

En outre, le verbe grec elthetō (ἐλθέτω), traduit par « qu’il vienne », est un impératif à la troisième personne du singulier. Il ne nous ordonne pas de fabriquer le Royaume de Dieu ; il nous fait demander à Dieu de le faire venir. La venue du Royaume est entièrement l’œuvre souveraine de Dieu, et notre prière est l’humble requête de ceux qui sont invités à prendre part à cette œuvre.

4. Le royaume des Zélotes et le Royaume de Jésus

Dans la société juive du Ier siècle, l’expression « Royaume de Dieu » possédait une force politique explosive. Les Zélotes considéraient la lutte armée contre Rome comme une manière « d’établir le Royaume de Dieu », une orientation qui conduisit finalement à la guerre judéo-romaine de 66 à 70 et à la destruction du Temple de Jérusalem. Simon, l’un des disciples de Jésus, était lui aussi appelé « le Zélote » (Lc 6.15), ce qui laisse entrevoir la possibilité qu’il ait autrefois été lié à ce type de mouvement politique.

Jésus rejette à plusieurs reprises de telles attentes politiques. Devant Pilate, il déclare notamment : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs » (Jn 18.36). « Que ton règne vienne » n’est pas une prière qui appelle à la force ou à la révolution politique ; elle demande exactement l’inverse : un règne qui s’étend par l’abaissement de soi et par le service.

L’histoire témoigne avec sobriété de ce contraste. La guerre judéo-romaine menée par les Zélotes de 66 à 70 s’acheva par la destruction totale du Temple de Jérusalem ; la révolte de Bar Kokhba, de 132 à 135, se termina elle aussi par un échec tragique. Les deux tentatives d’établir le Royaume de Dieu par la force aboutirent à la catastrophe, tandis que le Royaume inauguré par Jésus, mort sur la croix, s’est étendu pendant deux mille ans au-delà des frontières politiques, dans le monde entier. Ce paradoxe révèle de la manière la plus saisissante l’essence du mode d’expansion enseigné par la prière « Que ton règne vienne ».

5. Le Nom et le Royaume : l’ordre de deux grandes requêtes

« Que ton nom soit sanctifié » vient d’abord, puis « Que ton règne vienne ». Cet ordre montre que la sainteté personnelle et l’expansion communautaire du Royaume de Dieu ne peuvent être séparées. Lorsque le nom de Dieu est sanctifié dans la vie d’une personne, sa souveraineté se répand autour d’elle par son intermédiaire. À l’inverse, là où son nom n’est pas sanctifié, son règne ne peut se manifester.

Ézéchiel 36 illustre ce principe par son contraire : lorsque le peuple d’Israël a profané le nom de Dieu parmi les nations (Ez 36.20–23), Dieu l’a jugé en le dispersant. Là où le Nom n’était pas sanctifié, la souveraineté de Dieu ne pouvait pas non plus être manifestée. Les deux requêtes sont donc liées, tant par leur ordre que par leur logique.

Cet ordre s’applique de la même manière aux communautés de foi d’aujourd’hui. Si l’Église confond influence sociale ou expansion institutionnelle avec « l’expansion du Royaume », tout en négligeant la sainteté du Nom, cette croissance ne durera pas. À l’inverse, lorsqu’une personne ou une communauté vit avec intégrité en manifestant le nom de Dieu, le Royaume s’élargit sans bruit, mais avec certitude.

6. Le rapport entre le Royaume de Dieu et l’Église

Le Royaume de Dieu et l’Église ne sont pas identiques. L’Église est une expression présente du Royaume et joue un rôle comparable à celui d’une ambassade, mais le Royaume de Dieu est une réalité plus vaste et plus englobante que l’Église. Celle-ci existe comme institution et communauté visibles ; la souveraineté de Dieu, elle, franchit ses murs et se déploie vers l’ensemble de la création.

L’Église demeure néanmoins le canal le plus manifeste par lequel ce Royaume vient. L’image de l’Église primitive rapportée dans les Actes — une communauté qui mettait tout en commun, prenait soin des pauvres et annonçait l’Évangile avec assurance (Ac 2.44–47) — montre comment le Royaume de Dieu devient visible sur la terre. L’Église qui prie « Que ton règne vienne » doit toujours se souvenir qu’elle n’est pas la destination finale du Royaume, mais son canal.

Lorsque cette distinction est oubliée, l’Église tombe facilement dans deux erreurs. La première consiste à identifier l’Église elle-même au Royaume de Dieu et à faire de sa croissance et de sa stabilité le but ultime. La seconde consiste, à l’inverse, à minimiser son rôle et à demeurer dans une spiritualité abstraite, sans pratique concrète au cœur du monde. L’équilibre biblique consiste à vivre comme une ambassade fidèle du Royaume de Dieu, tout en se souvenant que l’Église existe au service d’un Royaume plus grand qu’elle.

7. Le 28e anniversaire et la prière qui se poursuit

Il est significatif que cette parole ait été proclamée comme thème de l’assemblée générale du 28e anniversaire. Plus une communauté de foi possède une longue histoire, plus elle risque de tomber dans la complaisance en pensant : « Nous avons déjà suffisamment réalisé le Royaume de Dieu. » Mais « Que ton règne vienne » n’est pas une formule accomplie une fois pour toutes ; c’est une requête qu’il faut continuer de présenter. Dans une réalité où les royaumes de ce monde — matérialisme, idéologies et luttes de pouvoir — demeurent puissamment actifs, l’Église doit sans cesse renouveler par cette prière la conscience de son identité et de sa mission.

Vingt-huit ans représentent assez de temps pour qu’une génération grandisse et transmette la foi à la suivante. Pourtant, du point de vue de l’expansion du Royaume de Dieu, ce n’est encore qu’un commencement. De même qu’il faut du temps au levain pour pénétrer les trois mesures de farine, il faut aussi de la patience et de la persévérance pour qu’une communauté manifeste la souveraineté de Dieu au cœur du monde. Pour les vingt-huit prochaines années, puis pour les générations suivantes, cette prière restera tout aussi urgente.

8. Une communauté qui vit entre le déjà et le pas encore

L’histoire de l’Église s’est longuement interrogée sur le moment et la manière dont ce Royaume sera accompli, comme en témoignent diverses positions eschatologiques telles que le prémillénarisme, le postmillénarisme et l’amillénarisme. Pourtant, une réalité demeure quelle que soit la position adoptée : le Royaume de Dieu a déjà commencé, mais il n’est pas encore achevé. Vivre en assumant cette tension entre le « déjà » et le « pas encore » est à la fois la destinée et le privilège de la communauté de foi.

Dans La Cité de Dieu, Augustin décrit l’histoire humaine comme une longue lutte entre la cité de Dieu et la cité terrestre. Même dans le bouleversement provoqué par l’effondrement de l’Empire romain, il ne douta pas de la victoire ultime du Royaume de Dieu. La prière que nous élevons aujourd’hui — « Que ton règne vienne » — est elle aussi une confession de confiance inébranlable envers ce Royaume qui finira par s’accomplir, quels que soient les troubles visibles. Tandis que les empires du monde se lèvent et disparaissent, la pierre détachée sans le secours d’aucune main continue de grandir, silencieusement mais sans jamais s’arrêter.

9. Les Béatitudes et le Notre Père — le lien entre le caractère et la prière

Si les Béatitudes de Matthieu 5 proclament le caractère des citoyens du Royaume de Dieu, le Notre Père de Matthieu 6 enseigne ce qu’ils doivent rechercher dans leur vie. Seule une personne façonnée pour devenir pauvre en esprit, douce et artisane de paix peut prier sincèrement : « Que ton règne vienne. » Chez celui qui nourrit encore le désir d’établir son propre royaume, cette prière risque de ne rester qu’une parole des lèvres. À l’inverse, celui qui la prononce avec vérité est de nouveau façonné selon le caractère des Béatitudes. Le caractère et la prière se font ainsi grandir mutuellement.

En ce sens, l’ensemble du Sermon sur la montagne (Mt 5–7) peut être lu comme un parcours intégré. Les Béatitudes définissent une manière d’être ; le Notre Père donne à cette existence la trame de son dialogue quotidien avec Dieu ; les enseignements qui suivent sur les biens, l’inquiétude, les relations et le discernement (Mt 6–7) montrent la mise en pratique concrète de cette vie. « Que ton règne vienne » se trouve au cœur même de tout ce mouvement.

Mise en pratique

  1. Examinez aujourd’hui un domaine de votre vie en vous demandant : « Dieu en est-il le Roi, ou est-ce moi ? » Passez en revue vos finances, votre emploi du temps et vos relations, afin de discerner s’il existe encore un domaine dont vous refusez de remettre la maîtrise.
  2. Imaginez concrètement une vie qui agit comme le levain. Notez une manière concrète dont les valeurs du Royaume de Dieu pourraient se répandre « de l’intérieur » dans votre lieu de travail, votre école ou votre quartier.
  3. Cherchez la souveraineté de Dieu avant la politique et les idéologies. Demandez-vous si vos réactions aux questions de société s’appuient, comme celles des Zélotes, sur la force et l’affrontement, ou si vous recherchez la voie du service et de l’abaissement.
  4. Partagez régulièrement cette prière avec votre communauté — Église ou petit groupe. Au-delà de la prière individuelle, le sens premier de ce passage invite plus directement la communauté entière à demander ensemble l’expansion du Royaume de Dieu.
  5. Relisez les « vingt-huit années » de votre communauté. Sans vous reposer sur le chemin déjà parcouru, préparez l’étape suivante avec l’humilité de reconnaître que vous n’en êtes encore qu’au commencement.
  6. Ne fuyez pas la tension entre le déjà et le pas encore. Au lieu de vous décourager parce que les problèmes du monde ne sont pas encore entièrement résolus, apprenez à vivre comme quelqu’un qui continue fidèlement de semer au cœur même de cette tension.

Pour échanger ensemble — questions pour petits groupes

  1. Que signifie pour moi cette parole : « Le Royaume de Dieu est en moi » ?
  2. Dans quel domaine de ma vie ai-je encore du mal à reconnaître pleinement la souveraineté de Dieu ? Pourquoi est-ce que je pense m’y accrocher ?
  3. Comment l’image du Royaume de Dieu qui pénètre comme le levain peut-elle s’appliquer à la mission de l’Église aujourd’hui ?
  4. Ai-je déjà résolu un problème non par la force et l’affrontement, mais par le service et l’abaissement ?
  5. Que signifie concrètement, pour ma communauté, vivre dans le monde entre le « déjà » et le « pas encore » ?
  6. Comment le caractère des Béatitudes — douceur, paix et miséricorde — et la prière « Que ton règne vienne » sont-ils concrètement liés dans ma vie ?

Questions fréquentes

Q1. Le Royaume de Dieu est-il déjà venu, ou viendra-t-il dans l’avenir ?

La Bible enseigne simultanément ces deux dimensions. Le Royaume de Dieu a déjà commencé avec la première venue de Jésus (already), mais il sera pleinement accompli lors de son retour (not yet). Nous vivons dans cette tension, et « Que ton règne vienne » est précisément la prière par laquelle nous en reprenons chaque jour conscience. De même que la pierre de Daniel 2 a mis du temps à devenir une immense montagne, l’accomplissement du Royaume de Dieu suit lui aussi un processus.

Q2. La différence de traduction entre « on earth » et « in earth » est-elle vraiment importante sur le plan théologique ?

Il s’agit d’une nuance de traduction ; le texte original ne formule pas explicitement un double sens. Cette différence peut néanmoins nous aider à nous rappeler l’enseignement global de l’Écriture : le Royaume de Dieu n’est pas séparé du monde, mais agit en son sein, comme le montre notamment la parabole du levain en Matthieu 13.

Q3. Le Royaume de Dieu et l’Église sont-ils la même réalité ?

Ils ne sont pas identiques. L’Église est une expression présente du Royaume de Dieu et joue un rôle comparable à celui d’une ambassade, mais le Royaume est plus vaste et plus englobant que l’Église. Celle-ci est un canal, non une destination ; la souveraineté de Dieu franchit ses murs et se déploie vers l’ensemble de la création.

Q4. Comment puis-je prier personnellement « Que ton règne vienne » ?

Vous pouvez commencer en nommant précisément les domaines de votre vie — habitudes, relations ou priorités — dans lesquels Dieu n’est pas encore reconnu comme Roi, puis demander que sa souveraineté y vienne. Il est bon d’élargir ensuite cette même prière à votre communauté et au monde. Comme le montre l’impératif grec elthetō, « qu’il vienne », cette prière n’est pas la résolution de construire nous-mêmes le Royaume, mais l’humble demande adressée à Dieu afin qu’il accomplisse cette œuvre.

Q5. Ce passage concerne-t-il l’engagement politique ?

Cette prière ne consiste ni à soutenir ni à rejeter un régime politique particulier ; elle demande la souveraineté ultime de Dieu sur tous les domaines. Contrairement aux Zélotes du Ier siècle, qui cherchèrent à établir le royaume par la force, Jésus montra la voie du service et de l’abaissement, et l’histoire révèle un contraste saisissant entre les résultats. Tous les chrétiens peuvent donc faire cette prière ensemble, quelles que soient leurs opinions politiques.

Q6. Pourquoi le contexte d’un sermon prononcé pour l’assemblée générale du 28e anniversaire est-il important pour comprendre ce passage ?

Une communauté qui possède une longue histoire peut facilement tomber dans la complaisance en pensant : « Nous avons déjà accompli notre tâche. » Proclamée au moment du 28e anniversaire, cette parole aide toute la communauté à se rappeler que l’expansion du Royaume de Dieu demeure une œuvre en cours et qu’elle ne doit pas se reposer sur le chemin déjà parcouru. Cette leçon ne concerne pas seulement une Église particulière ; elle s’applique à toute communauté de foi et à toute personne ayant traversé de nombreuses années.

Q7. Laquelle de ces positions est juste : le prémillénarisme, le postmillénarisme ou l’amillénarisme ?

Ce passage n’a pas été donné pour trancher entre des systèmes eschatologiques particuliers. Les trois positions s’accordent pour croire à la victoire ultime du Christ et à l’accomplissement du Royaume de Dieu ; elles diffèrent quant au moment et à la manière de cet accomplissement. Quelle que soit la position adoptée, la prière « Que ton règne vienne » demeure tout aussi urgente et tout aussi vraie.


« Que ton règne vienne » n’est pas une prière achevée, mais une prière qu’il faut continuer de faire retentir. Lorsque nous nous rappelons que la souveraineté de Dieu vient non par la conquête politique, mais en pénétrant et en grandissant comme le levain et comme la petite pierre vue par Daniel, nous pouvons poursuivre cette prière avec une confiance persévérante, plutôt qu’avec impatience ou résignation. Celui qui fait venir ce Royaume n’est pas nous, mais Dieu ; nous sommes seulement appelés à prendre humblement part à son œuvre. Pour une communauté qui a franchi son 28e anniversaire comme pour une personne qui apprend aujourd’hui cette prière pour la première fois, cette requête demeure également nouvelle : dans quelle mesure le Royaume de Dieu est-il présent aujourd’hui dans ma vie et dans notre communauté ? Le chemin entrepris pour répondre à cette question est précisément la tâche la plus fondamentale qu’une communauté de foi doit poursuivre de génération en génération.